« Le networking s’était terminé rapidement. Le  responsable R & D,  aux prises avec ses shadoks et, en phase avec le DGA, avait exigé que des  contrats synallagmatiques soient rapidement signés avec des business angels. Le responsable du marketing féru de premiumisation et de corporatisation  de marques avait approuvé et l'expert en pub avait juré que des campagnes impactantes  vers les proactifs pourraient rapidement upgrader cette innovation.

Il faut sensibiliser les CSP+.

Au niveau du processus  j’étais concerné, mais, encore soucieux de résilience après mon récent pétage de plombs, je la bouclais, abandonnais ma boîte à sa gouvernance habituelle et partis faire un break.

De toute façon, çà le ferait. C’était du lourd. J’avais reçu les « save the date » et reviendrai au moment voulu.

J’envoyais un mail à mon coach en lui disant qu’il fallait en parler ASAP.

Je me rendis à mon lounge habituel.

Avec l’appui d’un chardonnay j’essayais de me détendre durant cet happy hour mais le gossip  de quelques Sexygénaires qui revenaient  d’un speed meeting gênait l’écoute des podcast de mon MP3.

Un peu plus loin des adulescents  parcouraient quelques romans graphiques et envoyaient des  smartnovels grâce à leur blackberry et Iphone.

J’ai pensé que la nouvelle addiction était bien la high tech et que j’avais affaire à quelques exemplaires de geeks et geekettes qui connaîtront le grand amour par twiter interposé sauf si Meetic favorise une vraie rencontre…  LOL !

 

Assez. C’était trop, vraiment trop ! Je démarrais mon cross over vers le premier world fooding que je trouverais. »

 

Alors, qu’en pensez vous ? Ce discours ne sent il pas le modernisme ambiant, le jeunisme triomphant, la mondialisation étouffante ?.

 

Nous sommes loin de la baguette et du béret ; loin de la France profonde, du petit rosé bien frais, des fromages de caractère et du foie gras ;  loin des garde champêtres bourrus.

Loin du  sous préfet, cher à Alphonse Daudet, qui versifiait, rêvait, jouait avec les mots  dans les bois et les champs.

Peut être rêvait-il  aux mots, aujourd’hui disparus, évanouis, oubliés ? au soleil qui n’avait pas bu l'aiguail de la prairie, aux accordailles des tourtereaux rencontrés ce matin ; au marasquin qu’il allait déguster tout en décidant de ne plus lantiponner en public..

Peut être rêvait- il à son picard natal ? « du chirop qui guille » n’est il pas plus imagé qu’ « un expectorant qui coule » ?

Peut-être rêvait-il à ces mots qui, au fil du temps, des époques, ont tenté d’émerger, d’exister, de s’installer définitivement.

Il avait déniché ceux de la Révolution, souvent durs, intransigeants, radicaux , intégristes.

La modération était devenue le modérantisme (attention, confusion phonétiquement possible) mot rhabillé par les jacobins qui punissaient par l’échafaud les modérés.

si le citoyen a remplacé le bourgeois, il y eut aussi : embastiller, encachoter, septembriser synonyme de massacrer, mot qui aurait pu faire l’objet d’un renouveau terrorisant.

A ceux là, notre sous préfet   préférait le nom des  mois – déjà  écolos- inventés par Fabre d’Eglantine pour le calendrier républicain. Quel jour sommes-nous?; le 19 juillet 2009 ? non, aujourd’hui est « epeautre », Primidi Thermidor  de l’an CCXXI ( ??) de l’ère de la Liberté ( celle qui a suivi « l’ère vulgaire »).

 

Je pense qu’il rêvait surtout à Suzon, en retrouvant  ces mots doux à l’oreille qui empêchent la courtoisie de vieillir. Il s’imaginait, musant dans la quiétude vespérale en compagnie de sa bergerette aux beaux yeux pers qui réfléchissaient sa robe colombine; il  galantissait, il faisait le mirliflore, espérant que ce moment ait la longuerie suffisante pour que sa belle prenne plaisir à  sa causette et le laisse, un tantinet, lui conter fleurette…….

 

 

Chaque époque a la langue qu’elle mérite et, quelquefois, des définitions que l’on pensait périmées reprennent une saveur étonnante ; ainsi le mot « capitaliste » utilisé vers 1800 à Paris et qui cataloguait certains habitants de la capitale de «monstre de fortune, homme au cœur d’airain qui n’a que des affections métalliques» !!

 

 

La langue française ne doit pas s’affadir, s’appauvrir, se refroidir.

Je doute que les apports actuels lui soient d’un grand secours. :-(

 Une langue est dite vivante quand il existe encore des locuteurs l'utilisant le plus naturellement du monde. Chacun  comprend les mots et expressions inventés par jacques Brel pour traduire ses sentiments, angoisses, émotions.

Je doute que ce soit le cas avec le charabia ésotérique actuel.  :-(

 

 

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« Ĉiuj homoj estas denaske liberaj kaj egalaj laŭ digno kaj rajtoj. Ili posedas racion kaj konsciencon, kaj devus konduti unu al alia en spirito de frateco. »

Article 1 de la déclaration des droits de l’homme, en espéranto.

 

« La langue que nous utilisons influe sur notre manière de penser. »

Mary Mailto et Bernard Werber  (L'empire des anges)