Le Français : Langue vivante ?
Par Mary Mailto le dimanche 19 juillet 2009, 21:23 - L'incertitude du doute - Lien permanent
Elle bouge, évolue, s’enrichit, s’adapte ; en bien ou en mal ?
Elle s’anglicise, se pare de vocables technologiques, se roule dans une linguistique managériale, se dote de mots nouveaux, à la mode ; mots que je comprendrais et utiliserais quand la mode en sera passée.
Elle fut patois, argot ; est devenue verlan, régionale ou verniculaire.
Elle se mondialise.
Si l’esperanto n’a eu qu’un succès relatif – 1 million de personnes le comprenne facilement – la nouvelle religion semble provenir d’un mélange qui mixe SMS, smileys, communication verbale numérisée…
Je doute réussir à atteindre les finesses de cette expression moderne, phonétique, désorthographiée, universelle ; moi qui ai beaucoup de mal avec l’anglais écrit et classique.
Tentons un exemple tiré de ma vie professionnelle.
« Le networking s’était terminé rapidement. Le responsable R & D, aux prises avec ses shadoks et, en phase avec le DGA, avait exigé que des contrats synallagmatiques soient rapidement signés avec des business angels. Le responsable du marketing féru de premiumisation et de corporatisation de marques avait approuvé et l'expert en pub avait juré que des campagnes impactantes vers les proactifs pourraient rapidement upgrader cette innovation.
Il faut sensibiliser les CSP+.
Au niveau du processus j’étais concerné, mais, encore soucieux de résilience après mon récent pétage de plombs, je la bouclais, abandonnais ma boîte à sa gouvernance habituelle et partis faire un break.
De toute façon, çà le ferait. C’était du lourd. J’avais reçu les « save the date » et reviendrai au moment voulu.
J’envoyais un mail à mon coach en lui disant qu’il fallait en parler ASAP.
Je me rendis à mon lounge habituel.
Avec l’appui d’un chardonnay j’essayais de me détendre durant cet happy hour mais le gossip de quelques Sexygénaires qui revenaient d’un speed meeting gênait l’écoute des podcast de mon MP3.
Un peu plus loin des adulescents parcouraient quelques romans graphiques et envoyaient des smartnovels grâce à leur blackberry et Iphone.
J’ai pensé que la nouvelle addiction était bien la high tech et que j’avais affaire à quelques exemplaires de geeks et geekettes qui connaîtront le grand amour par twiter interposé sauf si Meetic favorise une vraie rencontre… LOL !
Assez. C’était trop, vraiment trop ! Je démarrais mon cross over vers le premier world fooding que je trouverais. »
Alors, qu’en pensez vous ? Ce discours ne sent il pas le modernisme ambiant, le jeunisme triomphant, la mondialisation étouffante ?.
Nous sommes loin de la baguette et du béret ; loin de la France profonde, du petit rosé bien frais, des fromages de caractère et du foie gras ; loin des garde champêtres bourrus.
Loin du sous préfet, cher à Alphonse Daudet, qui versifiait, rêvait, jouait avec les mots dans les bois et les champs.
Peut être rêvait-il aux mots, aujourd’hui disparus, évanouis, oubliés ? au soleil qui n’avait pas bu l'aiguail de la prairie, aux accordailles des tourtereaux rencontrés ce matin ; au marasquin qu’il allait déguster tout en décidant de ne plus lantiponner en public..
Peut être rêvait- il à son picard natal ? « du chirop qui guille » n’est il pas plus imagé qu’ « un expectorant qui coule » ?
Peut-être rêvait-il à ces mots qui, au fil du temps, des époques, ont tenté d’émerger, d’exister, de s’installer définitivement.
Il avait déniché ceux de la Révolution, souvent durs, intransigeants, radicaux , intégristes.
La modération était devenue le modérantisme (attention, confusion phonétiquement possible) mot rhabillé par les jacobins qui punissaient par l’échafaud les modérés.
si le citoyen a remplacé le bourgeois, il y eut aussi : embastiller, encachoter, septembriser synonyme de massacrer, mot qui aurait pu faire l’objet d’un renouveau terrorisant.
A ceux là, notre sous préfet préférait le nom des mois – déjà écolos- inventés par Fabre d’Eglantine pour le calendrier républicain. Quel jour sommes-nous?; le 19 juillet 2009 ? non, aujourd’hui est « epeautre », Primidi Thermidor de l’an CCXXI ( ??) de l’ère de la Liberté ( celle qui a suivi « l’ère vulgaire »).
Je pense qu’il rêvait surtout à Suzon, en retrouvant ces mots doux à l’oreille qui empêchent la courtoisie de vieillir. Il s’imaginait, musant dans la quiétude vespérale en compagnie de sa bergerette aux beaux yeux pers qui réfléchissaient sa robe colombine; il galantissait, il faisait le mirliflore, espérant que ce moment ait la longuerie suffisante pour que sa belle prenne plaisir à sa causette et le laisse, un tantinet, lui conter fleurette…….
Chaque époque a la langue qu’elle mérite et, quelquefois, des définitions que l’on pensait périmées reprennent une saveur étonnante ; ainsi le mot « capitaliste » utilisé vers 1800 à Paris et qui cataloguait certains habitants de la capitale de «monstre de fortune, homme au cœur d’airain qui n’a que des affections métalliques» !!
La langue française ne doit pas s’affadir, s’appauvrir, se refroidir.
Je doute que les apports
actuels lui soient d’un grand secours. :-(
Une langue est dite vivante quand il existe encore des locuteurs l'utilisant le plus naturellement du monde. Chacun comprend les mots et expressions inventés par jacques Brel pour traduire ses sentiments, angoisses, émotions.
Je doute que ce soit le cas
avec le charabia ésotérique actuel. :-(
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« Ĉiuj homoj estas denaske liberaj kaj egalaj laŭ digno
kaj rajtoj. Ili posedas racion kaj konsciencon, kaj devus konduti unu al alia en
spirito de frateco. »
Article 1 de la déclaration des droits de l’homme, en espéranto.
« La langue que nous utilisons influe sur notre manière de penser. »
Mary Mailto et Bernard Werber (L'empire des anges)
Commentaires
Toujours très intimidée pour vous parler mais cette fois je prends courage pour vous remercier de la qualité de vos pages que je savoure avec délectation, à la fois douceur sucrée mais également très légèrement piquante, un peu comme l'orgeat limonade de mon enfance. Vous m'amusez aussi comme je m'amuse avec mes jeunes collègues à leurs réponses "asap", nos sexygénaires atteints de jeunisme, nos CSP+ souvent débordés par ce nouveau langage (chanceux s'ils ont encore sous leur toit des adulescents qui peuvent les initier).
ma question est celle-ci : la langue est elle verniculaire ou vernaculaire? Comme disait un autre jeune amoureux de mots "la seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute"...(Pierre Desproges)
Merci de confirmer que le doute n'est jamais suffisant et qu'une bêtise peut s'insinuer dès que l'attention se relâche.
Je pourrais évoquer une glissade de clavier mais le constat est sans appel : le I et le A sont véritablement trop éloignés pour que cette justification soit crédible.
Je rêvais, peut être, de fun-i-culaire, d'aur-i-culaire ...et puis, phonétiquement , verniculaire sonne agréablement.
Je bats ma coulpe et vous remercie pour le commentaire