ADAIR, j’adhère.
Par Mary Mailto le mardi 8 septembre 2009, 09:55 - Une société durable? - Lien permanent
C’est à Londres que nous pouvons prendre, actuellement, le pouls de la planète malade d’hyper-libéralisme.
La City : Tout va bien ; les recrutements de traders sont à la hausse avec des rémunérations « comme avant » ; les costumes rayés sont de retour, les « grosses bagnoles » réchauffent le climat et les restaurants de la City ne désemplissent pas .La financiarisation de l’économie a retrouvé ses couleurs.
La réunion à Londres des ministres des finances du G20 : elle débouche sur un compromis concernant le plafonnement des bonus (étalement dans le temps, avec suppression possible des derniers versements en cas de mauvaise performance ; en outre il est question d'une plus grande transparence sur les primes des dirigeants). Cette annonce a suscité un nouveau cocorico à Frédéric Lefebvre : « Notre pays est de plus en plus écouté sur la scène internationale en matière d'économie, et on ne peut que s'en féliciter". Pas rancunier, le hussard de Sarko, alors que sa nomination en qualité de secrétaire d’état vient, à nouveau, d’être retardée !.
Que faut-il penser de cette apparente contradiction entre d’un côté, un début de régulation, et de l’autre, la bonne humeur de la City ? la remise en question de certaines rémunérations est, à coup sûr, une bonne nouvelle ; elle pourrait d’ailleurs être étendue à d’autres secteurs ( le sport professionnel en particulier). Mais, est-on sûr de la réalité de cette régulation dans le temps ? faut - il jeter l’opprobre sur les traders et oublier leurs employeurs ? et, surtout, n’est ce pas là une simple communication pour calmer, à bon compte, le peuple travailleur alors que les vrais enjeux sont ailleurs?.
Je propose à F Lefebvre quelques éléments susceptibles de refroidir ses ardeurs cocardières.
-Concernant l’accord sur les bonus, il faut remarquer que les américains demeurent hostiles à leur encadrement et qu’il n’y a pas d’engagement formel à mettre en œuvre cette limitation à court terme. Donc, banquiers et traders ont encore de beaux jours de spéculation risquée devant eux.
-Pour fonder la base d'une gouvernance mondiale de la finance, selon cet accord, on remplacerait l’aimable Forum de stabilité financière par le Conseil de stabilité financière. Ouh là là …cette fois ci, c’est du sérieux !
-Quant à la transparence des paradis fiscaux, si on ne versera pas des larmes de crocodile face à la faillite des Iles Caïmans, il faut rappeler que sur les listes noire ou grise des états ne figurent pas la Suisse la Belgique, le Luxembourg, la City de Londres, Macao, Hong Kong, Singapour et quelques états des USA….Il convient, à ce propos, de rappeler les termes récents d’ Eva Joly :"Nous souhaitons savoir pour la BNP ce qu'elle a gagné dans ses deux filiales à Chypre, dans les 27 filiales au Luxembourg, dans les 21 filiales au îles Caïman" et ceux de l'eurodéputé Pascal Canfin : « BNP Paribas, qui a reçu 5 milliards d'aides publiques, est la banque française qui a le plus de filiales – 189 – dans les paradis fiscaux ».
-Que fait on des marchés de gré à gré, soit une somme de 592000 milliards de dollars ( ou d’euros … à partir d’un certain montant, les chiffres me deviennent virtuels !) qui échappe à toute régulation. Quel Etat va oser s’y attaquer ?
-Enfin, ne sont toujours pas abordés les problèmes de création monétaire et de contrôle de la dette publique ainsi que l'éventuel abandon du dollar comme monnaie d'échange internationale.
Mais, les bonnes nouvelles existent aussi et elles viennent, également, de Londres.
C'est un pavé dans la mare qu'a lancé lord Adair Turner, président de l'autorité bancaire britannique,en proposant d'instituer une taxe sur les transactions financières pour «dégonfler» un secteur devenu trop important par rapport au reste de l'économie. Pour lord Turner, la question des bonus «n'est qu'une diversion populiste. Un système de rémunération parfaitement contrôlé au niveau international n'aurait pas empêché la crise financière». Une phrase résume particulièrement ses propos ; il appelle à “une reconstruction massive du système de régulation financier mondial, et pas un petit ajustement”.
Mais qui est donc Lord Adair Turner ?
Après cinq ans à la tête du patronat britannique, entre 1995 et 1999, il devient pendant six ans vice-président pour l'Europe de la banque américaine Merril Lynch. La reine le fait baron en 2005. En parallèle, il enseigne -notamment à la London School of Economics- et siège dans divers comités. Même s’il est souvent jugé iconoclaste par ses pairs,et s’il est surnommé « Adair le Rouge », on ne peut pas dire qu’il ne connaît rien aux affaires !
Cette proposition d'une taxe Tobin a évidemment été accueillie très fraîchement ( euphémisme) par la plupart des responsables de la City. L'économiste Howard Wheeldon s'est déclaré «dégoûté et horrifié de voir quelqu'un tenu en si haute estime et ayant une position aussi importante faire des propositions aussi néfastes.»
Mais Lord Turner n’a pas bronché devant la bronca et vient d’enfoncer le clou ; il propose de simplifier la structure légale des grandes banques pour plus de transparence ; fini le brouillage par le biais des filiales multiples et croisées au travers des états accueillants.
Hussard Frédéric Lefebvre, voilà des sujets de réflexion, des idées, que Président sarko pourrait reprendre à son compte et dont vous pourriez être le héraut. Les discussions qui s’en suivraient seraient d’une autre hauteur que l’embrouillamini de la taxe carbone.
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« La négation de l’idée industrielle est la spéculation »
Mary Mailto et Henry Ford