Conditions de vacances.
Par Mary Mailto le dimanche 20 septembre 2009, 10:04 - Une société durable? - Lien permanent
Comme il y a des conditions de travail, il y a des conditions de vacances.
Car, on ne part pas en vacances n’importe où, faire n’importe quoi, n’importe comment. Le citoyen vacancier doit satisfaire aux usages des lieux, se conformer aux rites des autochtones temporaires sous peine de rejet absolu, de ratage, d’échec sans possibilité de cellule psychologique consolatrice.
Tout commence par la tenue vestimentaire. Il est recommandé d’exhiber un accoutrement singulier marquant, pour quelques temps, son détachement à l’égard des conventions et son affranchissement des codes vestimentaires sociaux et professionnels. Hélas !
Cela donne les déplorables visions suivantes :
Lui : sandales informes ( soldes GO Décathlon ) ; panta - courts mais très larges- découvrant de flasques mollets blancs et velus ( dernières promos de La Redoute); T-shirts couvrant à peine la panse à bières mais vantant les mérites de Ronaldo ( piqué à son fils aîné) ; casquette jaune, visière à l’envers ( issue d’un ancien tour de France).
Elle : tongs roses de chez Texti, pantalon corsaire blanc, épousant trop parfaitement les formes épanouies ( acheté l’an passé sur le marché) ; petit « haut » fuschia découvrant généreusement les contreforts du massif ventral et les solides épaules rougeoyantes et striées de multiples bretelles multicolores.
A ce débraillage institutionnel de base, il conviendra d’apporter les spécificités locales : bottes et ciré en Bretagne, pull et K-way sur la côte d’opale, caleçon hawaïen vers Hossegor et Biarritz, jeans et godillots en campagne….
Mais, surtout, certains lieux requièrent également des accessoires absolument obligatoires sous peine de graves déconvenues ; un piéton est suspect à Los Angelès ; sans les accessoires adéquats, vous êtes dans une situation identique.
Je suis allé à Saint Martin en Ré , sans vélo. La honte. J’avais naïvement fait quelques mètres sur un très beau sentier côtier en transport pédestre. Plus dangereux que traverser la place de l’étoile à 18heures. J’ai été sonné de toutes parts, injurié par « les cyclistes du dimanche » freinant brusquement, interpellé par les enragés du dérailleur que ma présence incongrue obligeait à changer de braquet, écrasé par ces espèces de pousse-pousse embourgeoisés remplis de marmaille braillarde. Un déferlement cycliste à côté duquel le Tour de France est un aimable divertissement.
J’ai vite réparé mon erreur en achetant un vélo dit « hollandais » ; c’est plus chi, dans le ton de l’endroit mais complètement inutilisable par qui n’est pas batave. J’ai fini mes vacances en lisant Antoine Blondin, lové dans mon fauteuil, le vélo reposant ostensiblement à mes côtés.
L’an d’après, j’ai emmené mon vélo en vacances …à Lacanau.
Trois jours après mon arrivée, je me promenais avec une planche à voile sur mon porte- bagages. Et ce n’est pas facile, surtout, lors des croisements sur les étroites pistes cyclables. Néanmoins, avec mon caleçon fleuri, un bronzage assisté par cabine-UV, les cheveux décolorés et la planche jetée négligemment à mes pieds, je ne faisais pas tache au bar de la plage en dégustant quelques huîtres avec saucisse de rigueur.
Une année, j’ai essayé la montagne. La publicité évoquait «hôtel de charme avec randonnées faciles en trèfle à partir de l’hôtel puis spa suédois et soirée festive ». J’aurais dû me méfier. Hôtel de charme signifie : hôtel sans étoile, bâtisse ancienne, succinctement ré-aménagée par les propriétaires qui croient encore au mythe du Larzac et à l’élevage de chèvres ; spa suédois veut dire : bain dans l’eau froide d’un baquet disposé au sein de la prairie avec vaches contemplatives et compatissantes ; randonnée en trèfle signifie 6 heures de marche avec 15 kgs sur le dos, rocaille piégeuse et paysage désespérément unique ; quant aux soirées festives, c’est plutôt contes à dormir debout, blagues avec gages et karaoké poussif entretenu par quelques bolées de cidre ou verres de vin chaud. Mais, il me faut reconnaître que tout le monde savait marcher, ou, du moins, s’était équipé de façon professionnelle :veste polaire WHYMPER FULL ZIP, chemise en DRYWAY, chaussures XLIGHT MID OT avec semelle Vibram et pare-pierres avant en caoutchouc , sac à dos 40 litres en Polyamide 450D check dobby shadow rip, poncho en Polyester Ripstop à enduction, bâton en 2 brins , carbone et fibre de verre, avec pointe tungstène…Evidemment, mes baskets à 3 bandes ordinaires et mon sac à dos à pois rouges offert par Champion m’ont vite désigné à la risée randonnière…Aujourd’hui, dort, dans ma cave, l’attirail complet pour un futur trek dans les Andes ou le Tibet.
Je ne vous parlerais pas des sports d’hiver sans skis. On se sent infirme, exclus, intrus. J ’ai bien tenté le subterfuge des raquettes mais cela ne trompe personne ; juste un pis aller pour handicapés de la spatule. Observez le touriste que vous êtes quand vous osez utiliser un remonte-pente en après ski, manteau de ville, cache-nez et bonnet de schtroumf ! Toute cette obstination pour manger une vague pissaladière dans un snack d’altitude…parce que dans la vallée il fait déjà nuit !
En outre, il faut se rendre à l’évidence, tous ces ustensiles coûtent cher ( mon bon monsieur, il faut faire notre année en 3 mois !) ; si je ne suis pas, du point de vue financier, hostile au filet à papillons et à l’herbier en campagne ou au filet à crevettes en mer du Nord, j’ai renoncé à connaître quelques endroits de vacances qu’il faudrait pourtant « avoir faits » ; c’est ainsi que j’ai calé pour La trinité sur mer ( en dessous d’un 12mètres, vous restez « parisien » ) ou Saint Tropez ( çà le fait pas en Zodiac).
J’ai, aujourd’hui, trouvé la solution qui, sans me coûter, me permet de me fondre au sein des habitués, sans accessoires superflus, et qui se justifie totalement par la mode « nature et découvertes » ; je vais, selon les années, à l’île du Levant ou au Cap D’Agde.
Mais, au fond, ce mimétisme généralisé, cette recherche d’appartenance tribale, ces « conditions de vacances » sont drôles et laissent, plutôt, de bons souvenirs.
C’est qu’après les conditions de vacances, il faut retrouver les conditions de travail. Et là, c’est nettement moins risible ; les rituels professionnels prêtent moins à l’humour (l’humeur!) quoiqu’en pense le cynique patron de France Télécoms évoquant « la mode des suicides » !
X X
X
« La meilleure condition de travail, c’est les vacances »
Mary Mailto et jean marie GOURIO (extrait de Brèves de comptoir)