C’est comme çà…
Par Mary Mailto le dimanche 6 décembre 2009, 12:41 - L'incertitude du doute - Lien permanent
Le bus B démarra vers le centre ville. Je me trouvais coincé près de 2 dames d’un certain âge et je ne perdais rien de leur conversation.
-Quel mauvais temps ; vous avez entendu ?toutes ces inondations !s‘exclamait la première.
-et le vent ! c’est vrai que le temps empire.
- c’est comme çà, conclut la première.
La deuxième changea de sujet :
-j’ai de plus en plus de difficultés avec mon arthrose.
-moi, c’est surtout mon diabète..
-c’est comme çà, c’est la vie. Et la première poursuivit :
-A propos, votre grand fils ?
- finalement, il divorce.
-Ah, c’est bien triste mais tellement courant.
- hé oui !c’est la vie…c’est comme çà ….
C’est comme çà !
Combien de fois ai-je, aussi, entendu cet aveu d’impuissance dans notre vie sociale; cette acceptation ; cette servitude volontaire. Et, il faut bien dire que la fatalité peut nous étreindre compte tenu de notre incapacité individuelle à changer quoi que ce soit.
Prenons quelques exemples.
Les banques spéculent, font un pied de nez aux politiques, retrouvent des profits aussi importants qu’imprévus. Les paradis fiscaux passent les conventions entre eux pour sortir de la liste noire de l’OCDE et çà marche.
Les PME ferment ; le chômage s’étend ; le sur endettement s’aggrave ; les SDF se multiplient ; nos élus rejettent la surtaxe concernant les bénéfices bancaires.
C’est comme çà !
La spéculation sur les cultures vivrières a repris ; l’obésité gagne du terrain en occident.
Un enfant meurt de faim toutes les 4 secondes.
C’est comme çà !
L’Irak propose à total de venir pomper son pétrole ; c’est le cas en Birmanie depuis longtemps.
Les communes de Bretagne n’en ont pas fini de nettoyer leurs côtes ; AZF a sauté par inadvertance.
C’est comme çà !
On supprime les juges d’instruction, les chambres régionales des Comptes.
Depuis 20 ans, on ne compte plus les scandales politico -financiers.
C’est comme çà !
On favorise les Bongo et consorts ; on cocoone Kadhafi ; on défend, à l’égard de la Chine, les Droits …du Marché capitalistique.
Des afghans sont renvoyés chez eux se faire tuer ; des travailleurs réguliers du BTP ou de la restauration se retrouvent soudainement à l’état de proscrits ; des piétons sont en garde à vue pour avoir traversé au feu rouge.
C’est comme çà !
On installe Proglio ( avec rémunération intéressante !)à la tête d’EDF tout en le maintenant président de Veolia, ainsi, public et privé se confondent or, certains intérêts sont concurrents ; on multiplie les conseillers ministériels.
On gomme des services publics, on privatise la santé, on transfère petit à petit l’éducation nationale vers le privé.
C’est comme çà !
Arrêtons là. Chacun peut multiplier les exemples.
Et alors ! Que peut-on faire !
C’est comme çà !
Est- il vraiment possible de faire en sorte que ce ne soit plus comme çà ?
La plupart d’entre nous répondent comme Candide « Cultivons notre jardin » ; Il est impossible, d’une part, d’agir sur le cours fondamental des événements et il convient, d’autre part, d’assurer l’indispensable : se nourrir, s’habiller, se loger, éduquer ses enfants, donc, travailler, et se reposer quelque peu…pour pouvoir travailler. Et de conclure comme Pangloss, à la fin de Candide, que, tout compte fait, malgré les catastrophes qui frappent l’humanité, tout est pour le mieux en ce monde, qui est le meilleur possible.
D’autres se sentent frustrés de ne pouvoir véritablement intervenir sur les grands principes de notre vie collective. Et, ils voudraient bouger, agir, influer sur notre destin collectif, faire quelque chose.
Comment ?
Voter ? oui. Evidemment. Mais pas suffisant. Le vote n’est trop souvent qu’un blanc seing donné pour une période trop longue quand il n’y a pas les contre-pouvoirs nécessaires.
S’inscrire dans un parti politique ?l’expérience prouve que l’on sert surtout de chair à élections pour la carrière et l’ego de quelques uns.
Manifester dans la rue. On l’a pratiqué trop souvent pour que l’utilité ( sauf quelques exceptions) en soit encore reconnue. Et puis, il y a les casseurs !
Les sondages d’opinion plus ou moins téléguidés, l’interactivité radiophonique ne proposent que des avis subjectifs, individualisés, non informés qui n’intéressent que les médias qui les proposent.
Les commentaires sur Internet, les blogs ne passionnent que leurs auteurs ( je sais de quoi je parle)
Participer à une ou plusieurs associations est intéressant. Il faut néanmoins trouver « la bonne », celle qui n’existe pas que pour l’égo ou le porte- monnaie de leurs dirigeants. Et la déception est fréquente.
Que faire, alors ? le doute concernant l’intérêt d’une vie dite « de citoyen actif » est inévitable. Pourquoi crier dans le désert, s’agiter, vouloir se mêler de ce qui nous dépasse, alors qu’il est peut être plus raisonnable de se contenter du boulot-métro-dodo (d’autant que cette situation basique est refusée à de plus en plus de monde).
Trois faits récents peuvent, toutefois, redonner quelque espoir aux activistes de tout poil.
Le Sénat a diligenté une enquête sur la notion de pacte social français et, à la question : « Selon vous, pour chacun des acteurs suivants, qui contribue le plus à l'amélioration du pacte social français ? », la réponse fut :
« Les associations (très en avant des autres acteurs), l'école, les services publics……et, en derniers rangs: le Parlement, le Gouvernement, les medias, les partis politiques…. ».
Lors d’une émission sur France2 concernant la réglementation financière et les paradis fiscaux, E. Lucet (désabusée devant l’impuissance générale) posa la question suivante à Eva Joly :
-Que peut-on faire, chacun d’entre nous, pris individuellement ?
-Tout ! c’est l’opinion publique, l’expression collective qui fait changer les choses (ce ne sont pas les termes précis, mais c’est bien l’idée).
En Italie, ce sont les réseaux d’internautes qui font descendre des milliers de personnes dans la rue pour crier leur ras-le-bol de Berlu ; la société civile contourne, ainsi, les politiques et les médias trop encadrés par Berlu.
Pour tous les « douteux » , pour toutes les « honnêtes gens » qui se sentent écrasés par le système et abandonnent leur destinée aux mains de quelques uns, pour ceux qui rêvent d’une société plus juste, plus équitable, plus soucieuse d’avenir, il est, donc, indispensable, de continuer à s’informer, militer en associations, mouvements, à pétitionner, à manifester, à blogger, ….C’est tout cela qui fait vivre la démocratie et qui crée les véritables courants de pensée qui seront , a posteriori, formalisés par nos penseurs.
La formule de Voltaire peut signifier qu’il faut, d’abord, cultiver son jardin secret, ses sentiments, sa volonté, son esprit, son âme. C’est cette culture qui permet les découvertes, l’ouverture au monde ; même si cette culture sera longue à parfaire, et impossible à prévoir dans ses effets. Autant que le but du chemin, c’est le chemin lui-même qui importe.
A l’arrêt du bus, les deux dames d’un certain âge se sont quitté en espérant du beau temps pour le lendemain… et s’il pleuvait ….ben…ce serait comme çà.
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« L’opinion publique est souvent une force politique, et cette force n’est prévue par aucune Constitution. »
Mary Mailto et Alfred Sauvy (Extrait de L'Opinion publique