Péda-gogues ?
Par Mary Mailto le mardi 22 décembre 2009, 19:21 - L'incertitude du doute - Lien permanent
Je ne suis pas un spécialiste de la philosophie et des exposés quelque peu ésotériques peuvent m’emmener vers de douces somnolences pour peu que le fauteuil soit à la hauteur de la situation.
Il y a peu de temps, j’assistais à une conférence sur « le sens de la vie » ; passé un certain âge, voilà un sujet qui peut retenir l’attention.
L’orateur expliqua que le thème était vaste, les idées nombreuses et qu’il allait s’en tenir à Camus et les Stoïciens. Pourquoi pas ?
En résumé, j’ai retenu que « cultiver son jardin » n’était pas suffisant, que dans le mythe de Sisyphe, Camus qualifie Sisyphe d'ultime héros absurde ; Il y établit pourquoi la vie, malgré l'absurdité du destin, vaut la peine d'être vécue. J’ai commencé à perdre pied avec Démocrite et l’ataraxie, qui, comme chacun sait, ne peut exister que liée à l’aponie. J’ai définitivement calé quand je me suis laissé dire que les Stoïciens divisaient les choses en existant et subsistant et que le « quelque chose » de Sénèque avait pour contraire les « non-quelques-choses ».
Je me suis, alors, attaché à comptabiliser combien de fois l’orateur employait le terme « contingent ». Rappelons que la contingence est le fait de ne pas être nécessaire tout en pouvant être déterminé et que ce n'est pas une négation de la causalité. Autrement dit, contingent s’oppose à nécessaire, sachant, bien évidemment, que la nécessité, est ce qui ne peut pas ne pas être.
Palsembleu !quelque chose qui ressemblait à mon existant m’a ramené dans ce monde des essences et du sensible, ce "lieu" où peuvent exister les êtres, où peut se réaliser la vie, et dont l'ensemble forme l'univers matériel…en un mot, la réalité.
J’ai commencé à changer de position, regardé l’heure, examiné si mes voisins comprenaient « quelque chose », baillé, regardé l’heure à nouveau…
D’ordinaire, j’arrive, globalement, à suivre les propos de Michel Onfray ou luc Ferry par exemple ; mais , ce jour là, c’était un machin ahurissant ; l’orateur était pourtant agrégé, prof à l’université, écrivain….bon pedigree mais transmetteur archi-nul. Un charabia d’expressions alambiquées éparpillées dans une absence de structure et un débit ponctué toutes les 10 secondes de ce « euhmmm » très à la mode actuellement ; ce n’est plus le « euh » basique signifiant quelque ignorance mais un « euhmmm » sophistiqué marquant le souci de réflexion pour aller vers l’idée, le mot juste. Juste que le mot et l’idée étaient incompréhensibles pour l’esprit moyen que je suis.
Ce genre de circonstances vous emmène toujours dans le doute ; suis-je bête ? suis-je plus ignare que la majorité des auditeurs qui ont l’air intéressés?. Après le doute survient, généralement, l’abandon et l’esprit furète ailleurs, puis arrive l’instinct de survie et le moment de l’action ; comment se sortir de ce guêpier sans perdre la face ? Qui va oser, le premier, quitter la salle? .
Après la demi- heure nécessaire pour confirmer l’incompréhension généralisée et un minimum de courtoisie, les premiers courageux, ceux du fond de la salle, arrachent leur dossard et lèvent le camp. C’est là qu’il faut réagir et suivre le mouvement, en regardant ostensiblement son téléphone comme si on avait un appel impératif, ou sa montre, justifiant ainsi un rendez vous incontournable, et, surtout, en ignorant l’orateur qui pourrait, sait on jamais, avoir l’outrecuidance de vous apostropher.
En quittant l’amphi, j’ai pris, avec plaisir, un grand bol d’air frais et j’ai pensé à tous ces étudiants qui devaient se le farcir toute l’année !. Belle culture et mauvais prof.
Voilà quelqu’un qui est, sans nul doute, techniquement brillant ; chercheur magnifique mais pédagogue nullissime. Cela ne vous rappelle rien ? Dans le cadre de l’énième réforme de l’éducation, les professeurs auront une culture théorique à la hausse et un apprentissage de la pédagogie en baisse. Absurde ! Cherchez l’erreur !
Il faut, peut être, trouver l’explication dans le fait que le public des élèves est devenu tellement calme, discipliné, courtois, féru de beaux textes et ne demandant qu’à apprendre si bien que la pédagogie va de soi.
Certes, il arrive que, quelquefois... ou, souvent… ces gentils potaches rouent leurs profs de coups ou s’invitent en classe avec quelques armes. Ce n’est jamais que parce qu’ils ont fumé un petit joint pendant la récré.
A leur décharge, il faut savoir que durant les cours, ils ont d’énormes difficultés pour communiquer par SMS ou photographier ( en souvenir du futur « bon vieux temps ! ») leur maître d’école.
Il y a quelques jours, une classe a même dû envoyer une lettre d’injures à sa prof qui refusait l’usage du téléphone portable en cours. Una autre classe acceptait cette réglementation à la condition qu’elle s’applique, également aux prof.(Peut être que les cours par téléphone mobile seraient la bonne solution ?).
La pédagogie, si l’on en croit l’esprit de la réforme en cours, ne serait, donc, plus une nécessité absolue et notre ministre de l’éducation ne fait que donner raison à Victor Hugo qui exprimait ainsi sa colère :
« Marchands de grec!
marchands de latin! cuistres! dogues!
Philistins! magisters! je vous
hais, pédagogues!
Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,
Vous niez l'idéal, la grâce et la beauté!
Car vos textes, vos lois, vos
règles sont fossiles!
Car, avec l'air profond, vous êtes imbéciles!
Car
vous enseignez tout, et vous ignorez tout »
(Les contemplations – Horace)
Mais, au fait, de quelle pédagogie parle-t-on ? N’oublions pas qu’il existe différentes doctrines ou méthodes qui prévalent selon les tendances du moment : La pédagogie traditionnelle, négative et libertaire, Montessori, de projet, active dont celle dite de Freinet, steiner-waldorf, de groupe, socio-constructiviste, de la motivation, par objectifs, archétypale, de l’enseignement programmé, documentaire, différenciée, institutionnelle, par résolution de problèmes …..
Vous l’aurez compris, tout choix parmi ces différentes méthodes aurait entraîné protestations, troubles, contestations et grèves parmi les tenants des autres méthodes. Il était, donc, préférable de n’en proposer aucune ou ( et c’est la même chose) une nouvelle méthode que l’on qualifierait de pédagogie aléatoire, expérimentale, virtuelle …( le concours d’appellation est ouvert )
A dire vrai, la bonne solution existe et c’est le marquis de Villiers qui l’a trouvée avec le plein assentiment de Darcos, alors, ministre de l’éducation.
Il s’agit de l'école « pour honnête homme ».
En effet, un collège novateur de référence nationale va ouvrir en Vendée à Montaigu.
Il s’agira, en fait, d’un pensionnat à l'ancienne avec une section "humanités classiques, art, culture".
Les innovations seront les suivantes: internat, tutorat serré et retour des "humanités".
-tutorat permanent des profs avec passage de la notion d'enseignement à la notion de présence
-internat pour six cents élèves pour changer de logique : de lieu de passage, le collège devient lieu de vie avec deux soirées de culture générale par semaine en vertu d'une logique d'éducation humaniste.
-pas de section "sport-études" mais une section "humanités classiques, art, culture" et la priorité aux options latin et grec.
-l'engagement social personnel et l'apprentissage de la générosité inscrits dans le règlement intérieur, à raison de une demi-journée par semaine de présence caritative ou humanitaire, par exemple la visite de personnes âgées.
Le marquis de Villiers n’a, toutefois, pas réussi à tenir ses promesses faites lors des élections présidentielles 2007 , à savoir le rétablissement de l'uniforme en milieu scolaire et un drapeau tricolore obligatoire sur toutes les cours d'école.
Va-t-on redécouvrir, et aménager à la sauce XXI° siècle, l’enseignement de l'abbaye de Thélème ? ou serions nous plus proches des couvents irlandais de la Madeleine tels que les a filmés Peter Mullan dans « The Magdalene Sisters » ?
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« Quels pédagogues nous étions, quand nous n’avions pas le souci de la pédagogie ! »
Mary Mailto et daniel Pennac (Extrait de Comme un roman)