A vos souhaits !
Par Mary Mailto le jeudi 7 janvier 2010, 11:47 - Les instants du temps - Lien permanent
L’année se termine généralement de bonne façon ; c’est une débauche de festins, vins fins et champagne, feux d’artifice, spectacles…
Mais, dès l’ébauche de l’année suivante, nous attendent les premières difficultés.
Le processus institutionnel des vœux !
Tout va bien pendant les premières minutes de l’année ; nous sommes, en général, entourés de la famille et des amis proches, nous sommes un peu grisés, donc, les bisous et les souhaits sont faciles, spontanés et ne requièrent pas d’efforts spécifiques.
Il en va autrement dans les jours qui suivent.
Le cercle s’élargit, englobe ses amis plus lointains, ses collègues, ses relations, ses voisins, son environnement social, son boulanger, son boucher…
Dès le lever du 1° janvier, et, au moins, pour la 1° semaine, il convient, d’une part, de se raser de près ( pour les hommes, en général) et de s’asperger d’eau de toilette ou de parfum pour parer à toute éventualité de « vœux bisouillés » et, d’autre part, de commencer toutes ses phrases par « Bonne année ».
Heureux temps de mon enfance quand les vœux s’échangeaient par carte postale et que l’ordre de préséance était bien établi ; je récitais mon « bonne année, bonne santé » aux plus âgés de ma famille et, en retour, j’avais droit à « la santé, surtout… » et à quelques francs.
Aujourd’hui, le processus est bien plus élaboré et les difficultés sont innombrables.
D’abord, la multiplicité des échanges ; la faute aux réseaux. Je dois, désormais, tenir une véritable comptabilité. Dans la colonne de gauche, les envois, dans celle de droite les reçus et les mercis, l’ensemble étant classé, d’une part, par grandes catégories homogènes ( amis communs de la famille – attention aux éventuels doublons- , amis personnels, collègues, …) d’autre part, par vecteur de diffusion (carte, mail, SMS).Les comptes ne sont pas simples à tenir car les flux se croisent, l’envoi doit se transformer en merci si on est pris de vitesse , ou un remerciement par mail peut doublonner avec un précédent et bref merci par SMS ; je n’oublie pas le SMS avec un simple prénom ou sans signature ( « mais, c’est qui, ce con ? je vais répondre sans me mouiller ! »). C’est dire qu’un document Excel est vite nécessaire pour franchir cette première épreuve et, qu’en tout état de cause, il y aura toujours des oublis et les premiers aigris de l’année.
Ensuite, se pose la question stratégique : timing et opportunité.
Certains préparent leurs envois en décembre et balancent leur flot de vœux dès le 1° jour, vous prenant, ainsi, de court et vous infligeant le devoir de réponse et de remerciement.
D’autres, au contraire, jouent la montre jusqu’à la fin janvier et pointent, avec une rancune désormais tenace, qui les a oubliés.
Pour certains, éloignés en raison de fâcheries, c’est l’occasion d’une approche diplomatique autorisant, peut être, une réconciliation future.
Mais, c’est dans l’entreprise que le souci de stratégie est le plus prégnant.
Envoyer se vœux au patron ( le petit, celui de proximité et/ou le grand , invisible et inabordable) ou ne pas envoyer ? that is the question…
Si vous les envoyez, vous pouvez être considérés comme un vil flagorneur, mais, ne pas les envoyer peut être pris pour une manifestation de défiance …en outre, Machin les a envoyés, lui !
Une solution médiane peut consister à attendre la cérémonie officielle , à la double condition qu’elle ait lieu au tout début de janvier et que vous puissiez atteindre le patron largement entouré par toux ceux qui ont eu la même idée.
L’intimité, que les bisous du nouvel rendent possibles, représente un stress proche d’une maltraitance psychologique.
2 situations sont en cause.
Le donneur peut trouver l’occasion d’embrasser tous ceux ou celles qu’il n’ose pas approcher le reste de l’année. Mais cette agréable opportunité peut être compensée par l’obligation de bisous généralisés non prévus et, éventuellement, porteurs de lourdes déconvenues.
La situation de receveur n’est pas toujours réjouissante. C’est la journée des haleines enfiévrées, des eaux de toilette bon marché et autres boutonneux et baveux. La grippe H1N1 est une plaisanterie à côté des risques pris alors que chacun y va de sa « bonne santé ! ».
Cette pratique du bisou étant, désormais, généralisée, elle présente moins d’intérêt à l’occasion des vœux ; pour afficher une rupture pleine de modernité, je recommande de marquer tout de suite une position différente en clamant à la cantonade, et avant toute approche risquée « bonne année, tout le monde » et de filer à l’abri de son bureau. Il sera toujours temps d’entreprendre, ensuite, de discrètes manœuvres plus personnalisées.
Une énième difficulté tient au contenu, au texte, à la formulation des vœux. La mode est à la créativité, l’insolite, les vœux hors du commun. On ne souhaite plus quelque chose à quelqu’un, on profite de l’occasion pour marquer sa différence, exprimer sa personnalité. Et, forcément, il y a surenchère : « le salaud ! la tirade !, il a dû pomper çà quelque part ! va falloir que je trouve quelque chose de costaud à lui renvoyer » et, il faut se creuser la tête, s’appuyer sur les textes-prêts à l’emploi – proposés par Internet, tels que ces subtils vœux mathématiques :
1 an de Santé,
52 semaines d'Amour,
365 jours de Joie,
8 760 heures de satisfaction,
525 600 minutes de prospérité,
31 536 000 secondes de bonheur.
Ou, encore ( attention, émotion dégoulinante):
« Nous te souhaitons que les fêtes de fin d’année soient riches d’affection et de gaieté, que la nouvelle année déborde de bonheur, de bonnes surprises et de prospérité et que tous ces voeux deviennent réalité. »
Par ailleurs, le public récepteur étant multiple (voir catégories homogènes), il faudra inventer plusieurs réponses originales. Il est recommandé de laisser passer la brume cervicale du 1° janvier et de bloquer le week end suivant pour les séances de créativité.
Il faut, enfin, constater que, dans cette adversité, la technologie est venue à notre secours :
La carte virtuelle de l’entreprise
La carte virtuelle de Dromadaire (écologie à la hausse)
Les propositions Internet de textes, poèmes, citations plus originaux les uns que les autres !
Les envois groupés par mail et SMS ; cochez la case et un texte court, mais original, est adressé par la machine à tous les contacts enregistrés… dans la machine…
Je rêve de souhaits personnalisés, écrits par une plume d’oie crissant sur un parchemin …
Je renâcle, donc, devant l’enfer des vœux.
J’aimerais que l’année commence tranquillement, sans la contrainte de cette pseudo courtoisie sociétale ; ou que l’on me laisse le temps et le plaisir de les parsemer tout le long de l’année.
Et pourquoi des vœux modestes, prudents, limités ; pourquoi 2010 seulement ; les vœux ne vaudraient pas pour 2011, la décennie, le siècle, pour tout le monde, tout le temps?.
Et pourquoi des voeux souvent si vains et, pourtant, si souvent réitérés ?
Il faut bien, néanmoins, que je termine ce papier en respectant la tradition ; pour ne pas renier totalement ce que je viens d’écrire :
Je vous souhaite, à tous, de bien belles années
X X
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« Tous les hommes font la même erreur de s’imaginer que bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent. »
Mary Mailto et Léon Tolstoï