La rondeur du temps
Par Mary Mailto le dimanche 28 mars 2010, 21:18 - Les instants du temps - Lien permanent
Ce matin, j’ai tourné les aiguilles de mon horloge. A 2heures, il était 3 heures ; pourquoi pas 4,5 ou 6 heures ? Pourquoi pas « Apocalypse moins 58 années galactiques » ?
Il y a…un certain temps, j’avais, pareillement, tourné les aiguilles, mais dans l’autre sens . A 3heures, il était 2 heures et pourquoi pas « 23 années galactiques après la Genèse » ?
J’adapte ma vie, ma course, mon passage à ce cadrage institutionnel, économique, fabriqué, pendant que, de façon immuable, brillent des étoiles, se lève le soleil, apparaissent les bourgeons, se recycle l’infini.
Décalage entre la mesure de ce temps, qui m’a fait et me défait, et ces cycles naturels, intemporels, éternels ?ces cycles dont je fais, pourtant, partie.
Pourquoi n’aurais je pas également, après ma fin, une renaissance selon Le Grand Cycle …et, peu importe la durée de l’attente.
La question ne peut laisser indifférent ; selon un temps linéaire ou un temps cyclique, circulaire, ou même en spirale, la vision de la vie, de la mort, le sens donné à notre présence seront différents.
L’mage de la ligne pour représenter le temps domine notre conception de la Durée. Il y a, en arrière de l’instant, une longueur de temps qui va à l'infini et notre pauvre existence ne tiendra que sur un petit segment de droite, celle du futur ne nous étant pas accessible. Quoi de plus naturel de penser dans le monde judéo-chrétien que le temps est une ligne droite qui va à l’infini dans le passé et dans le futur ? Ce sont, en effet, les Pères de l’Église qui ont décidé que le Christ est mort sur la croix une seule fois et l’humanité est sauvée une fois pour toute. Dès lors, le temps apparait dans la représentation chrétienne comme une ligne sur laquelle sont marqués des événements avec un « début » du temps, ce qui correspond à la Création, et une fin des temps -l’Apocalypse –.
Cette idée fut, ensuite,
confortée par le mythe du progrès. La croyance rationaliste en un futur orienté
vers le Progrès , comme une ligne droite , est une composante majeur du Siècle
des Lumières , non remise en cause depuis. Agencer les moyens en vue d’une fin
donne raison à toute entreprise de planification du temps, à l’action, à
l’urgence fiévreuse et ses soucis !
Que deviendrait la politique sans le support du concept du temps linéaire ? L’humanité n’a-t-elle pas inventé toutes sortes d’idéologies qui prétendent donner la clé de la société future?
Le cycle des saisons, de l’eau, de l’oxygène, du carbone. Le corps n’est maintenu en vie que sur la base du fonctionnement des cycles vitaux. : veille-rêve-sommeil, production cellulaire, cycle hormonal, celui de la reproduction, de la respiration …
Ne dit-on pas « Rien de nouveau sous le soleil ». ?
N’avons-nous pas, quelquefois, une impression de déjà vu alors que nous ne sommes jamais allés dans ce lieu ?
Ne dit-on pas que « l’histoire est un éternel recommencement ». A ce titre, il est « amusant » de superposer les chutes de 2 régimes qui opprimèrent les Juifs, Babylone (539 av JC ) et le III° Reich en 1945 ( superposition des morts de Hitler et Nabonide, de Goebbels et de Balthazar )
Ne dit-on pas que les crises économiques sont cycliques ?toujours un peu différentes et toujours, un peu les mêmes.
Au moyen âge on pensait encore que la terre était plate et avait des limites. Pourquoi en serait il autrement pour le temps ?
Or, dès l’instant où l’on introduit l’idée même de cycle, on suppose implicitement un mouvement circulaire du temps. C’est ce que pensaient les Mésopotamiens, les Stoïciens, Platon, et qui terrifiait Nietzsche « L’actuel, au regard de l’immensité des cycles de la Nature est bien peu de chose et s’y attacher trop serait une erreur. La Vie, ne connaît ni projection, ni promesse, ni but, elle n’est que l’instant et sa ronde cohérence avec soi ».
La philosophie indienne ( védique) estime que Le Temps de la Nature est analysé dans des boucles ou spirales qui elles-mêmes contiennent d’autres boucles. Il n’y a ici ni commencement absolu du temps, ni une fin absolue, mais une pulsation rythmique de la Manifestation. Il est dit que la Manifestation est un jeu de l’Absolu avec lui-même et qu’à chaque jet de dé, une nouvelle combinaison des possibles advient, reprenant les éléments antérieurs pour les disposer autrement. L’infini joue infiniment avec lui-même.
En fait, comment sommes-nous à ce point coupés de la Nature que nous ne soyons plus en capacité de reconnaître, comme l’écrit J. Giono, la Rondeur des jours ?
« Les jours commencent
et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n’ont pas la forme longue,
de celle des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de
l’homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et
statiques : le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader
que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre
seul but, c’est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et qu’à toutes
les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous
vivons ».
La représentation cyclique du temps n’a donc rien d’une spéculation gratuite ; ce vers quoi la Vie se dirige n’est rien d’autre qu’elle-même, donnée en totalité dans le présent. Si nous manquons la rondeur du présent, c’est parce que notre temporalité d’homme moderne est une perpétuelle fuite dans le temps linéaire.
Puisqu’il en est ainsi, je vais me « donner du temps au temps » et écouter le grand Serge Reggiani avec « le temps qui reste » et…je vous propose de goûter ce temps présent.

« L'éternel sablier de la vie sera retourné sans répit, et toi avec, poussière infime des poussières ! »
Mary Mailto et Nietzsche