Hors-jeu
Par Mary Mailto le lundi 12 juillet 2010, 17:38 - Une société durable? - Lien permanent
J’ai hésité à écrire quelque chose sur la coupe du monde de foot.
Tout a déjà été dit et redit sur le naufrage du football français. Les cafés du commerce ont été alimentés pour quelques mois. Un journaliste irlandais ira même jusqu’à comparer cette capitulation et ce déshonneur à ce qui s’est passé en 1940 !
Il faut dire que tout fut pitoyable ( comme le dit si bien la Chanson du Dimanche):
- Le maintien d’un entraîneur et ‘un staff qui avaient déjà nettement échoué en coupe d’Europe (le dernier résultat flatteur en Coupe du monde était l’affaire d’un groupe de joueurs).
- Une qualification qui ne fut pas « haut la main » ; l’équipe de France n’avait rien à faire en Afrique du Sud.
- Une organisation étonnante ( rutilant bunker installé au niveau de la mer alors que la plupart des matches se déroulaient en altitude).
- Entraîneur désarçonnant puis désarçonné, bon pour le théâtre amateur (Un journal a fait de moi "un lutin au visage de ramoneur halluciné") et non pour la tactique de jeu ( 4-3-2-1 puis 4-3-3 puis …faites comme vous voulez….).
- Des joueurs sur la grèveou en grève…,en vacances, en tous cas, qui snobent la presse, le public, les ministres, le maillot , le pays qui les reçoit. Une indignité totale.
- Une ministre qui ne fait rien dans le détail ; qui les encense puis les pourfend …tout en ne connaissant rien au foot, ni aux autres sports, ni à la santé d’ailleurs….Une caisse de résonnance, rien de plus. (Voir la fin du Télézap).
- Une secrétaire d’état qui essaie d’exister et qui fait chambre (luxueuse) à part.
- Une Fédération nationale, présente en Afrique du Sud mais tellement absente lors du grand bazar.
- Une fédération internationale incroyablement conservatrice incapable de soutenir l’arbitrage par la video et la modification de certaines règles du jeu dépassées.
- Une presse qui, pour faire du chiffre, met à la une un juron de vestiaire…
Je m’arrête. Moi qui adore le foot, pas pour les résultats mais pour de beaux gestes, pour une connivence de jeu, je suis écœuré.
Car, si la France a été championne de la connerie, le mal est bien plus profond ; ce sport est totalement gangréné par le business et ne fait plus rêver que les jeunes en mal de carrière rapide et facile ainsi que les affairistes du libéralisme financier à tout va.
Dans ce contexte, les équipes nationales n’ont plus de sens ; le foot appartient désormais à quelques multinationales qui organisent du spectacle pour le bon peuple ( qui s’abonne !) et qui font du fric sur le marchandising tout en étant en état de faillite avancée sous l’œil bizarrement bienveillant des fédérations, des tribunaux de commerce et des politiques. Le ballon rond comme nouvelle bulle.
Voici quelques preuves :
Quasiment toutes les « stars » sont passées au travers du Mondial ; elles sont bien plus concernées ( notamment, du point de vue financier) par leur club que par l’équipe nationale.
D’ailleurs, ces joueurs ont-ils encore véritablement une nationalité ? Dès la prime enfance, ceux qui présentent quelque potentialité sont engagés par des clubs généralement étrangers ( européens pour les africains et les sud américains, anglais , italiens ou espagnols pour les autres européens) ; s’ils continuent à manifester leur talent, il leur est demandé de changer de nationalité ( 2 frères : l’un joue pour l’Allemagne, l’autre pour le Ghana ). On pourrait se réjouir de cette nouvelle citoyenneté mondiale, sauf, qu’elle repose principalement sur la valeur actuelle : la réussite financière.
Sur le plan du jeu, les équipes européennes sont souvent solides, rigoureuses, bien en place, selon l’expression consacrée, mais ne font pas rêver ; quant aux équipes africaines ou sud américaines, elles ont oublié leur créativité à force de copier les européens.
La finale fut un exemple du jeu fermé, tactique, physique et, qui plus est, mal arbitré. Sans intérêt. Dieu merci, les Bataves qui ne pensaient qu’à démolir ont perdu et la meilleure équipe depuis 3 ans a gagné ; à remarquer que cette équipe espagnole a une ossature de club ( 7 joueurs de Barcelone ).
C’est qu’aujourd’hui, le jeu existe surtout dans ces clubs qui ont les moyens de se payer des mercenaires : Barcelone, Arsenal, Manchester, Milan….un jeu bien supérieur à celui des équipes nationales.
On comprend alors la grande bagarre actuelle dans l’hexagone entre le foot amateur et le foot professionnel. Escalettes ( Président démissionnaire) honnête, mais dépassé, et Aulas ( Président de Lyon) triomphant.
D’ici peu, il y aura un championnat européen réunissant la vingtaine de clubs huppés. Ceux qui pourront se payer des stades ( avec appui de l’argent public), une élite footbalistique hautaine et peopolisée, une filière d’importation d’esclaves à crampons, une structure professionnalisée , c'est-à-dire, décidant de tout en fonction des flux financiers. Et ce sera la mort du foot.
Qui, hormis la famille des joueurs et ceux qui ont besoin d’un prétexte pour boire des bières et se castagner, ira voir Boulogne-Le Mans, Lorient-Nancy, etc ….Ce sport dit collectif et rassembleur ne réunira plus que :
- D’un côté, des individualités qui feront leur numéro sur une pelouse importée d’Irlande.
- De l’autre, des
individualités avalant des pizzas surgelées face à un écran sponsorisé par des
jeux en ligne.
La véritable finale de la coupe du monde oppose, donc, le foot amateur et le foot professionnel et, à la fin, c’est Paul le Poulpe qui choisira le vainqueur.
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« N’oubliez jamais que ce sont des professionnels qui ont construit le Titanic et des amateurs l’Arche de Noé »
Mary Mailto et …anonyme